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Note de lecture en réponse au président-chanoine

« La France laïque et le président papiste » ¹

Le discours prononcé par le président Sarkozy lors de son investiture en tant que chanoine laïc du palais de Latran mérite une analyse attentive et détaillée. Nous ne saurions trop vous recommander de vous en procurer l’intégralité, les timides extraits publiés par les journaux (effrayés par l’énormité de la chose ?) ne permettant pas de se rendre compte de la gravité de l’attaque contre la liberté de penser et la séparation des Églises et de l’État qu’il contient…

Voici, en attendant, quelques premiers éléments de réflexion.

Ce discours comporte de grands moments d’hagiographie chrétienne : les références à des événements de l’histoire quasiment légendaires comme le baptême de Clovis,  qui « fit de la France la fille aînée de l’Église », ou le rappel du traité de Quierzy, en 754, par lequel Pépin le Bref créait les États pontificaux en échange de la reconnaissance de la dynastie carolingienne. Évidemment tout cela crée des liens touchants…

Que penser, au titre de la « contribution spirituelle et morale », de la litanie de saints et saintes de « portée universelle » (rien de moins !) saint Louis, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux… là, nous atteignons des sommets de bigoterie… Cela pourrait paraître comique mais, non, tout ceci ne relève pas seulement de la plus basse flagornerie, mais c’est aussi l’occasion de rappeler que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes ». (Nous essaierons dans une prochaine chronique de revenir sur cette question des « racines chrétiennes ».)

Pendant la campagne présidentielle, Sarkozy citait volontiers Jaurès ou Blum… Parmi les écrivains cités au Latran par le président, et qui, par leur « contribution intellectuelle », ont « apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle » relevons les noms de Pascal, qui après avoir été un grand savant et un libertin  fit dans ses écrits l’apologie du christianisme, Bossuet, farouche opposant au protestantisme et tenant d’un pouvoir fort, Maritain, qui joua un rôle important entre les deux guerres dans le renouveau du catholicisme français, Mounier, qui conçut l’idée d’une synthèse entre le christianisme et le socialisme (cela peut toujours servir par les temps qui courent), fondateur de la toujours féconde revue Esprit. Quant à saint Bernard de Clairvaux, il fait double usage : dans les saints et dans les écrivains. Rappelons qu’il a combattu le philosophe Abélard, considéré comme un lointain précurseur de l’humanisme en plein cœur du Moyen-Âge, et qu’il a prêché la deuxième croisade en 1146-1147.

À titre d’antidote contre cette volonté de recléricalisation de notre société, nous vous proposons deux cours traités de deux auteurs que notre président ne citera sûrement jamais : Diderot et Voltaire. Au cours du siècle des Lumières, ces deux écrivains ont lutté par leurs écrits contre la trop grande emprise de ces « racines chrétiennes », osant montrer ce quelles sont en réalité : un frein à toute émancipation, un voile de mensonge officiel recouvrant les agissements de l’Église, la soumission à un état des choses en apparence immuable.

histoire-croisades.jpgmorale-atheisme.jpg« L’Histoire des Croisades » de Voltaire et « Pour une morale de l’athéisme » (appelé aussi « Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** ») de Diderot sont la plupart du temps intégrés au sein des œuvres complètes, d’un accès malaisé. Ils sont désormais disponibles dans une édition à petit prix : Mille et une Nuits.

Si « L’Histoire des Croisades », extrait de « L’essai sur les mœurs et l’esprit des nations », est désormais dépassée sur le plan événementiel par les ouvrages des historiens modernes, elle reste encore d’actualité sur le plan de l’analyse des motivations réelles des croisades. Voltaire rejette le prétexte religieux pour mettre l’accent sur ce qu’elles furent réellement : une véritable entreprise colonialiste, sur fond de pillage, de massacre et d’anti- sémitisme.

« Le pape proposait la rémission de tous leurs péchés, et leur ouvrait le ciel en leur imposant pour pénitence de suivre la plus grande de leurs passions, de courir au pillage. »

« Une autre horde de ces aventuriers, croyant qu’elle allait défendre Jésus-Christ, s’imagina qu’il fallait exterminer tous les juifs qu’on rencontrerait… ils furent égorgés à Verdun, à Spire, Worms, à Cologne, à Mayence, et plusieurs se tuèrent eux-mêmes pour ne pas tomber entre les mains de ces barbares. » ²

Notre nouveau chanoine revendique-t-il aussi un tel héritage des « racines chrétiennes » ?

Quant à Diderot dans son « Entretien avec la Maréchale de*** », il se met en scène sous les traits du libertin italien Tommaso Crudeli, mort en prison (1747) des suites des mauvais traitements infligés par l’Inquisition italien- ne, sous prétexte de son appartenance à une loge maçon- nique. Dans ce dialogue, Diderot démontre qu’un athée peut avoir un sens moral largement aussi développé qu’un croyant. Nous n’en doutons plus depuis longtemps, mais au 18e siècle, il fallait encore être prudent et Diderot pré- féra publier ce dialogue en le présentant comme étant l’œuvre de Crudeli, traduit de l’italien.

« Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre, et que les plus dangereux sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti pour l’occasion ».

Robert Maraval  -  Janvier 2008

  1. -Titre du quotidien « La Repubblica » à la suite de la réception de Nicolas Sarkozy au Latran.
  2. - Pour un autre point de vue sur cette question, nous vous conseillons la lecture de « Les Croisades vue par les Arabes », de l’écrivain libanais Amin Maalouf (aux éditions J’ai Lu). Les descendants des populations soumises aux pillages et aux mas- sacres des Franjs doivent avoir une autre lecture des « racines chrétiennes »…

Histoire des croisades -Voltaire, avec des notes et une postface de Jérôme Vérain.

Pour une morale de l’athéisme - Entretien d’un philosophe avec la maréchale de*** - Diderot, avec des notes et une postface de Joël Gayraud. Éditions Mille et une Nuits - 2,50 € l’ouvrage


Date de création : 16/02/2017 @ 07:58
Catégorie : Notes de lecture -
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