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 De quelques ouvrages traitant de l’Inquisition…

Quelques citations en guise de mise en bouche :

« Il y a une persécution injuste, celle que font les impies à l’Eglise du Christ ; il y a une persécution juste, celle que font les églises du Christ aux impies. […] l’église persécute par amour, les impies par cruauté. » Saint Augustin, lettre 185, année 417

« Tuez-les tous, car Dieu reconnaîtra les siens » Arnaud Amalric, abbé de Cîteaux, lors de la prise de Béziers en 1209

« L'inquisition est, de sa nature, bonne, douce et conservatrice: c'est le caractère universel et ineffaçable de toute institution ecclésiastique : vous le voyez à Rome et vous le verrez partout où l'Église commandera. Mais si la puissan- ce civile, adoptant cette institution, juge à propos, pour sa propre sûreté, de la rendre plus sévère, l'Église n'en répond plus. » Joseph de Maistre, héraut de la contre-révolution chrétienne, qui dénonça le progressisme rationaliste dans ses « Lettres à un gentilhomme russe sur l’Inquisition espagnole » - 1815

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inquisition.jpginquisition-testas.jpgInquisition, hérésies¹, tortures, bûchers, Torquemada, Grand Inquisiteur, chasse aux sorcières… tous ces mots font à jamais partie de la face noire de l’évolution de l’humanité. Si la quasi-totalité des auteurs s’accordent sur l’horreur de la procédure inquisitoriale, sa formidable machine à broyer, bien des analyses et des conclusions divergent.

Ainsi sur le nombre des victimes dues à l’Inquisition. Combien furent-elles ?

En 1817, Juan Antonio Llorente, ancien inquisiteur lui-même, avance le chiffre de plusieurs centaines de milliers de victimes, rendant l’Inquisition responsable du dépeuplement de l’Espagne. En 1862, Jules Michelet avance le chiffre de six millions de victimes juives et maures en Espagne. Plus tard, Salvador de Madariaga estime le total des victimes de la chasse aux sorcières à 300 000 dont 200 000 rien qu’en Allemagne. Ces chiffres ne sont plus attestés par les historiens modernes, qui ont pu avoir accès à des sources plus diversifiés, même si bien des archives restent encore à étudier et si l’Église tarde à les rendre publiques.

Pour essayer d’y voir plus clair, nous vous proposons deux courts ouvrages qui présentent une bonne synthèse de ce que  fut l’Inquisition. Le premier «  L’Inquisition,  rempart  de  la foi ? » est de Laurent Albaret aux éditions Découvertes Gallimard. Richement illustré, cet ouvrage a l’avantage d’offrir aux lecteurs des documents très intéressants, en particulier des textes écrits par quelques-uns des Grands Inquisiteurs. Le second, beaucoup   plus   austère   de   Guy   et   Jean   Testas « L’inquisition » est édité aux PUF, dans la collection Que sais-je ? Ce dernier livre laisse une impression assez étrange, les auteurs, tout en reconnaissant l’horreur de l’institution inquisitoriale, semblent parfois en minimiser le rôle. Toutefois, ils montrent bien que l’Inquisition a touché tous les pays européens, qu’ils soient catholiques ou devenus protestants (souvenez-vous de Calvin brûlant Servet à Genève, et bien d’autres…) et s’exporta même en Amérique et jusqu’en Inde.

Ces auteurs s’accordent sur quelques points essentiels : dès son émergence le christianisme dut lutter contre des hérésies et certains hérétiques furent très tôt condamnés au bûcher. Le tribunal de l’Inquisition se mit en place petit à petit.

Au départ, l’idée était de garantir à celui qui était convaincu d’hérésie un procès juste et équitable, car les hérétiques pouvaient être pris à partie par la foule et massacrés sans avoir pu se défendre.

L’hérésie était une rupture avec le dogme chrétien, mais très souvent elle s’accompagnait de mouvements sociaux, de révoltes contre l’ordre établi, et défendre la religion, c’était   défendre l’Etat. Certains historiens rappellent que si l’hérésie cathare fut combattue avec autant de violence, c’est que les tenants de cette hérésie refusaient, entre autres, de payer toute redevance à l’église.

L’Inquisition eut beaucoup de peine à se mettre en place. Très souvent, les puissants protégeaient les hérétiques, en particulier en ce qui concerne les cathares. Inquisiteur était un métier à risques : il y eut de nombreux assassinats.

Officiellement, l’Inquisition a été proclamée par la bulle du pape Grégoire IX en avril 1233 pour lutter contre les Cathares. Elle s’est d’abord installée en Languedoc, pour essaimer ensuite dans toute l’Europe et donner toute sa mesure en Espagne. En France, il n’y eut plus de grand Inquisiteur après 1557, mais l’Inquisition fut longue à perdre son pouvoir et bien des bûchers s’allumèrent pendant très longtemps…

Deux romans de très grande qualité permettent de rendre compte de ce que pouvait représenter la vie d’un savant et d’un philosophe évoluant au sein d’une société où les risques sont permanents pour ceux qui prônent la liberté d’expression et de pensée.

homme-incendie.jpgoeuvre-au-noir.jpgDans « L’homme incendié » aux éditions Phébus, Serge Filippini reconstitue la vie de Giordano Bruno. Génial, mais brouillon et caractériel Giordano Bruno se rendit insupportable, même à ceux qui lui voulaient du bien. Après avoir parcouru toute l’Europe, il commit l’imprudence de rentrer en Italie où il fut arrêté par l’Inquisition en 1592. Bruno sera incarcéré sept années, ponctuées par une vingtaine d’interrogatoires menés par le cardinal Bellarmin. Il sera brûlé le 17 février 1600. L’église ne lui a pas pardonné son rejet de la transsubstantiation³, sa négation de la virginité de Marie, sa vision cosmologique : l’univers est infini…

Le second livre « L’œuvre au noir » (diverses éditions en livre de poche) a été écrit par Marguerite Yourcenar. Son personnage, Zénon, ressemble comme un frère à Giordano Bruno. Mais, talent de l’écrivain ? il paraît parfois plus réel que le philosophe italien. La reconstitution de l’époque est tout à fait remarquable. Il faut dire que l’auteur s’est documenté avec soin, allant jusqu’à consulter les minutes du procès (de 1597 à 1601) du frère Campanella, brûlé à Naples. Voici une partie de ce que l’auteur a découvert :

« L’accusé : Je me sens très mal.
(On lui annonce qu’on va le tourmenter davantage.)
Le même : Ne le faites pas ! Que voulez-vous de moi ? Je suis mort !
(On lui demande pourquoi il ne répond pas aux questions.>Le même : Je ne puis pas… Hélas ! Hélas ! Hélas !... Couillons ! Tout mon corps me fait mal, frère… Descendez-moi… Vous n’avez pas pitié…
(On lui annonce qu’on va essayer une nouvelle torture, la corde.) Le même : … Tout mon corps me fait mal, frère… Descendez-moi… Je n’en puis plus… Frère, je pisse… Je chie dans mes chausses… »…²

Et oui, car dans tout tribunal de l’Inquisition, il y avait un secrétaire qui retranscrivait avec soin l’interrogatoire ! Beaucoup de choses ont été mises à jour, mais nul doute que bien des choses fort intéressantes sont encore à découvrir dans les archives de l’Eglise.
 

Robert Maraval -  Mai 2007
 

¹- La persécution de l’hérésie n’est pas un phénomène exclusivement chrétien. Il se rencontre déjà dans le judaïsme tardif. Si le mot lui-même n’existe pas, il y eut dans le bouddhisme japonais de violentes persécutions à l’encontre de sectes considérées hérétiques. Le confucianisme connut aussi persécutions et destructions de livres « hérétiques ». L’Islam connaît des affrontements sou- vent sanglants entre sectes, afin de déterminer la fidélité des différentes positions qui sont aux sources de la foi. (Encyclopédie de la philosophie, la Pochothèque.)

²- Dans Marguerite Yourcenar, « Essais et Mémoire », pages 306-307, biblio- thèque de la Pléiade.

³- Rappelons que lorsqu’un croyant absorbe une hostie consacrée par le prêtre, il pense absorber le corps du Christ. C’est la transubstantiation.


Date de création : 15/02/2017 @ 08:18
Catégorie : Notes de lecture -
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