Recherche
Recherche
Communiqués
Nos actions
Publications

Bulletin départemental
lp8401.jpg
Nos bulletins

Publications de la Libre Pensée nationale


couv-raison01.jpg

   couv-idee-libre01.jpg

Notes de lecture
Ecole - Laïcité - République
Dossiers
Qui sommes-nous ?
Adhérer à la Libre Pensée
Vous êtes ici :   Accueil » Chronique des derniers païens

 « Chronique des derniers païens »

de Pierre Chuvin - Les Belles Lettres

« Votre foi est notre victoire. » Avit, évêque d’Arles à Clovis fraîchement converti…

« La conversion des peuples et des nations s’opère presque toujours de haut en bas, à partir de la conversion des chefs politiques. » J. Le Goff, historien.

trait.png

derniers-paiens.png« Chronique des derniers païens », est un livre remarquable sur la longue période qui a vu la disparition des anciennes croyances au profit de la religion chrétienne.

« Païen » ne signifie pas « athée ». Les peuples rassemblés au sein de l’empire romain avaient des croyances religieuses. L’auteur explique : « être pieux, c’est croire aux dieux de la cité, et plus encore que de croire en eux, les respecter. La conduite compte plus que la foi. » (page 17). Mais s’il y eut des procès pour athéisme (le cas de Socrate est le plus emblématique), rien de comparable avec les luttes contre les hérétiques entreprises plus tard par l’Eglise chrétienne.

Ces nombreuses croyances n’ont pas empêché le développement d’importantes écoles philosophiques, comme celles de Platon et d’Aristote, ni des sciences : par exemple, la rotondité de la Terre s’est imposée dès le IVème siècle avant JC ou bien Eratosthène a donné une bonne approximation du diamètre de la Terre aux alentours de l’an 200 avant JC… – On est loin de la vision d’une Terre plate, ayant la forme d’un tabernacle, imposée par l’Eglise pendant des siècles ! Plus tard, Héron d’Alexandrie fait les premiers essais d’utilisation de la vapeur pour mouvoir une lourde porte… Pendant ce temps, sur une autre rive de la Méditerranée, on compile les livres de l’Ancien Testament…

Ce livre montre la difficulté qu’a eu la religion chrétienne à s’imposer. Elle n’a jamais réussi tout à fait à éliminer les  anciennes  croyances.  Les tenants  de  l’ancienne  religion de  l’empire  romain  ne  prennent  le  nom de « païen » que lorsque les derniers à la pratiquer sont les « paysans »… Ne parvenant pas à les convertir, l’Eglise use d’autres moyens : les sanctuaires païens (bois, sources sacrés) sont « recyclés » en sanctuaires chrétiens, recouverts par des églises.

La route a été longue… La nouvelle religion se développe d’abord dans les villes, parmi les couches les plus basses de la société. L’empire romain accepte toutes sortes de croyances religieuses, facteur de cohésion sociale. D’emblée les chrétiens se présentent comme les tenants de la « vraie religion » et refusent toute cohabitation avec les autres. Ils menacent cette cohésion, d’où découlent les persécutions dont ils auront à souffrir. Petit à petit, le christianisme se répand, « mord » dans les couches plus aisées, plus cultivées de la société romaine. Mais il ne devient une véritable force qu’à partir de la date clé du 28 octobre 312, conversion de l’empereur Constantin. Celui-ci, cherchant l’appui des chrétiens lors de la bataille du Pont de Milvius, est « saisi » d’une vision, celle de  trois croix – interprétées comme celles du calvaire – le Christ lui promettant la victoire s’il combat sous ses couleurs.

Constantin sait à merveille utiliser la religion à des fins politiques ! En effet, ce que l’on sait moins, c’est que quelques années auparavant cette même vision l’aurait déjà « saisi ». Cette fois c’est Apollon qui l’aurait visité et les trois croix lui auraient alors prédit un long règne de 30 ans ! (X = 10, en numération latine, bien sûr…)

Cette conversion du pouvoir politique est capitale, car « les empereurs chrétiens mirent à la disposition du christianisme leurs moyens de coercition et de persuasion »¹. Ceux qui refusent de se convertir se voient interdits d’emploi public. Les lettrés sont les plus obstinés ? On leur refuse l’accès aux postes d’enseignement. Les païens continuent à fréquenter les temples ? On interdit les sacrifices (353, code de Théodose). Cela ne suffit pas ? On essaie de détruire les temples, et si l’on n’y parvient pas, on les transforme en église. Et si les païens insistent encore et continuent à pratiquer des sacrifices, on prend un décret les punissant de mort.

Celui qui portera le coup de grâce est l’empereur Justinien aux alentours de l’an 500. Selon l’auteur, à partir de son règne les païens sont de véritables « morts civils » (page 138), quant aux hérétiques, « c’est bien assez de vivre », déclare l’empereur. Dernier forfait de ce sinistre personnage : il ferme les dernières écoles philosophiques d’Athènes. Elles s’étaient maintenues 10 siècles.

Le lecteur se rend compte de l’efficacité remarquable de l’appareil que l’Eglise met en place dès le début. L’Eglise devient très vite une énorme puissance financière. D’entrée, elle saura bénéficier d’avantages fiscaux âprement discutés avec les autorités de l’empire. Elle saura utiliser très vite à son profit une partie des travaux des grands philosophes grecs. Elle s’assure le monopole de l’enseignement, outil indispensable pour organiser sa police des consciences…

« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » Ecclésiaste, I, 9

Robert Maraval – Octobre 2009

¹- Jacques Le Goff, « Le christianisme médiéval », Histoire des Religions, La Pléiade


Date de création : 14/02/2017 @ 11:50
Catégorie : Notes de lecture -
Page lue 178 fois


Option non disponible sur décision du webmestre. Merci d'appuyer sur le bouton [retour] de votre navigateur.