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Tromelin, l’île aux esclaves oubliés

de Max Guérout et Tomas Romon – CNRS éditions

tromelin-ile.png« L’histoire de « L’Utile » est celle du naufrage, de l’abandon, de la survie et surtout des préjugés raciaux et de l’esclavage… » (les auteurs)

« Dans une France catholique, apostolique et romaine, la religion ne pouvait être qu’un moyen supplémentaire d’obtenir obéissance et discipline. » (les auteurs)

« On trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et un esclave s’élève à la perfection dans le service d’un maître mortel, pourvu qu’il sache y regarder l’ordre de Dieu. » Bossuet

« Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine…  Interdisons tout exercice public d'autre religion que la religion catholique, apostolique  et romaine. » extrait des articles 2 et 3 du Code Noir, adopté par Colbert en 1685.

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Dans la longue et odieuse histoire de l’esclavage, il est un épisode particulièrement révoltant qui, longtemps tombé dans l’oubli, est redécouvert peu à peu : il s’agit de l’histoire du naufrage de « L’Utile » sur l’île de Tromelin (appelée à cette époque « île de Sable ») en 1761.

Ce navire armé à Bayonne fit escale à Madagascar et embarqua 300 esclaves noirs. Certains de ces esclaves étaient qualifiés de « bois d’Inde », c'est-à-dire des esclaves mâles, jeunes et robustes, bref de qualité supérieure… Comme l’équipage était de 143 marins, on imagine les conditions de vie sur un bateau de 44 mètres de long sur une dizaine de large. Les plus mal lotis étant évidemment les esclaves.

L’île de Tromelin ne mesure que 1700 m de long sur 700 de large. Très basse sur l’eau, elle est à peine visible. Le 31 juillet 1761 « l’Utile » vint s’y fracasser. Le naufrage causa la mort de 20 marins blancs et comme les portes qui leur auraient permis de se sauver avaient été clouées, 100 esclaves périrent noyés.

Quant à ceux qui parvinrent à sauter du navire en perdition, nul ne vint à leur secours, bien au contraire :

« …J’avais attrapé une grande planche de sapin sur laquelle j’étais accroché. Il y avait quelque temps, un noir esclave se noyant, voulut aussi s’en saisir mais deux coups de pieds que je lui donnais finirent de lui ôter ses forces… », ainsi s’exprime Keraudic, l’écrivain de bord de « L’Utile ».

Les survivants se réfugièrent sur l’île, particulièrement inhospitalière. S’organisant tant bien que mal, les marins, avec l’aide des esclaves, parvinrent à construire une barque en utilisant les restes de « l’Utile ». Cette barque était bien trop petite pour embarquer tout le monde ! Les survivants de l’équipage partirent, laissant les esclaves sur l’île, promettant de revenir les chercher. Ils parvinrent à rejoindre Madagascar. Mais là, le gouverneur Desforges- Boucher interdit toute expédition de secours. Il faut dire que « l’Utile » transportait les esclaves en contrebande : s’ils disparaissaient, la fraude, dans laquelle l’administration coloniale trempait, ne serait jamais connue. Il y eut bien quelques personnes pour s’indigner, mais personne ne se battit vraiment pour organiser une expédition de secours.

« Tout homme qui a quelque sentiment d’humanité frémit quand il sait qu’on a laissé périr misérablement ces pauvres noirs, sans daigner faire aucune tentative pour les sauver », déplora l’Abbé Rochon.

Les esclaves attendirent très longtemps… Ce n’est qu’en 1776, 15 ans plus tard, que Tromelin décida d’aller voir... Il accosta et recueillit une poignée de survivants : 8 femmes et un enfant.

Ce livre, dont la froideur de rapport scientifique laisse parfois percer une grande émotion, décrit avec une grande précision le cadre dans lequel se déroulait la traite des noirs. De la construction de « l’Utile », en passant par l’organisation de la traite des noirs dans le port de Foulepointe, sur la côte Est de Madagascar, au naufrage sur l’île de Sable, les auteurs essaient de ne rien laisser dans l’ombre. Ils font un compte-rendu détaillé des campagnes de fouilles successives ayant eu lieu sur l’île, désormais appelée « Tromelin ». Ils montrent l’ingéniosité des naufragés et leur volonté de survivre, leur organisation sociale, leur tentative pour sauvegarder une part d’humanité, leur faculté d’adaptation. L’humanité était du côté des naufragés, pas du côté des « civilisés » européens…

Ce n’est que depuis le 21 mai 2001 qu’une loi reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme un crime contre l’humanité.

Robert MARAVAL - Juin 2012

À lire aussi : Paroles d’esclavage, de Serge Bilé, Alain Roman et Daniel Sainte-Rose – Pascal Galodé éditeurs. Dans cet ouvrage les auteurs ont recueilli les paroles des dernières personnes très âgées qui se souviennent de ce que leur racontaient leurs grands-parents qui avaient été esclaves…


Date de création : 14/02/2017 @ 11:24
Catégorie : Notes de lecture -
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