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Vous êtes ici :   Accueil » Victor Hugo : Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière

victor-hugo.jpg« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière. »

(V. Hugo)

Donc, des syndicats, des professeurs, se plaignent de la diminution de l’horaire de l’enseignement du français dans les programmes. Entre 1972 et 2002, selon eux, un élève aurait été privé de 162 à 180 heures de français au cours des ses quatre années de collège, soit l’équivalent d’une année d’enseignement !

Que les ministres qui se sont succédés, les Haby, Beullac, Lang, Jospin, Bayrou, Chevènement et d’autres s’affichent de « droite » ou de « gauche » n’y a rien changé… Et voilà tous ces ministres successifs soupçonnés de vouloir détruire l’enseignement du français, de la littérature, pour des raisons bassement économiques. Mais si ces éminents personnages avaient eu d’autres    motivations ?    Si    au    lieu    de  vouloir« détruire », ils avaient souhaité préserver les jeunes de la lecture de textes dangereux ? Imaginez le jeune feuilletant « Les Contemplations » de Victor Hugo et tombant par hasard sur le passage suivant :

Les Révolutions qui viennent tout venger
Font un bien éternel dans leur mal passager.
Les Révolutions ne sont que la formule
De l’horreur qui pendant vingt siècles s’accumule…

De quoi perturber une jeune tête n’est-ce pas ? Heureusement le jeune aura sans doute lu le fameux discours du président Sarkozy au Latran, où il déclarait : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur… ». Alors vite empêchons-le de poursuivre la lecture des Contemplations, car plus loin Victor Hugo écrit :

Confier un enfant, je vous demande un peu,
À tous ces êtres noirs ! autant mettre morbleu,
La mouche en pension chez une tarentule !

Plus loin, le voilà qui ose l’éloge de l’instituteur !

Chaque village aura, dans un temple rustique,
Dans la lumière, au lieu du magister antique,
Trop noir pour que jamais le jour n’y pénétrât
L’instituteur lucide et grave, magistrat
Du progrès, médecin de l’ignorance, et prêtre
De l’idée…

Bon, cachons « Les Contemplations ». Prenons plutôt un recueil au titre patelin, « L’art d’être grand-père ». Hélas, là encore Hugo se laisse aller à de viles attaques contre le clergé :

Le prêtre, infortuné lui-même, et frissonnant,
À qui nous confions la croissance future,
Imposteur, a rempli cette âme d’imposture ;
L’aveugle a dans ce cœur vidé l’aveuglement…

Laissons donc Victor Hugo à ses invectives. Pendant le peu de temps d’enseignement du français restant, le professeur attentif préfèrera peut-être le pieux Lamartine. Mais là aussi, il faudra être prudent : Lamartine s’est quelquefois laissé aller. Dans un de ses poèmes extrait des « Méditations Poétiques », Le Désespoir, il se permet d’écrire :

Cherchez Dieu dans son œuvre, invoquez dans vos peines
Ce grand consolateur :
Malheureux ! sa bonté de son œuvre est absente ;
Vous cherchez votre appui ? l’univers vous présente
Votre persécuteur.

À qui se fier ? D’autant plus que l’on oublie trop souvent que Lamartine a vu une de ses œuvres mises à l’index par le Vatican : « Jocelyn », très long poème, véritable roman en vers, à la « spiritualité ouverte et généreuse »¹. Jocelyn, le personnage principal, est un prêtre qui fuit la Révolution. Il sauve un jeune fugitif et se lie d’amitié avec lui, amitié qui se change en amour lorsqu’il s’aperçoit que le fugitif est en réalité une fugitive, Laurence. Rassurez-vous, Jocelyn aura la force de renoncer à cet amour. Les Saints Pères n’ont pas apprécié, estimant que dans son poème Lamartine prenait des « libertés avec les dogmes essentiels » et que le personnage principal « manquait de virilité »². Ciel !

Allons, courage, encore  quelques  ministres, quelques « réformes », et tout danger de pollution par la littérature de nos jeunes sera définitivement écarté…
       

 

Robert Maraval   (mars 2010)

 ¹- Selon P. Magnien, conservateur du musée de Mâcon, ville natale de Lamartine.

²- C’est la formule même que l’on peut lire dans l’Index au chapitre consacré à « Jocelyn ». L’Index librorum prohibitorum (index des livres interdits) - aussi appelé Index expurgatorius, Index librorum prohibitorum juxta exemplar romanum jussu sanctissimi domini nostri - est une liste d'ouvrages que les catholiques romains n'étaient pas autorisés à lire, des « livres pernicieux », jugés immoraux ou contraires à la foi. Le premier Index romain fut publié par le pape Paul IV en 1559 à la demande de l'Inquisition, et confirmé en 1564. En 1571, fut créée, à la curie, la congrégation de l'Index pour sa mise à jour permanente, tâche dont le Saint-Office hérita en 1917, lorsque ce dicastère fut supprimé. La trente-deuxième et dernière édition officielle de l'Index parut en 1948. On estime qu'au total six mille ouvrages environ y ont figuré. L'institution elle- même fut abolie en 1966, dans le cadre des réformes consécutives au IIe concile du Vatican, par un décret qui stipule notamment : « L'index garde sa valeur morale [...] mais n'a plus force de loi ecclésiastique avec les censures qui y sont attachées. L'Église fait confiance à la conscience mûre des fidèles. »


Date de création : 13/02/2017 @ 16:55
Catégorie : Notes de lecture -
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