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Les créationnismes, une menace pour la société française ?

De Cyrille Baudoin et Olivier Brosseau, Éditions Syllepses, 134 pages – 7 euros


« Nous assistons aux prémices d’un retour au Moyen-Âge. »

Guy Lengagne, auteur du rapport Les dangers du créationnisme dans l’éducation.

Olivier Brosseau, docteur en biologie, et Cyrille Baudoin, ingénieur physicien, proposent dans ce court (mais dense !) ouvrage
un point complet des dangers que représentent les diverses formes de créationnismes, en France et en  Europe.

« La résurrection du Christ est le point d’arrivée de l’évolution. »

Cardinal Schönborn, au meeting de Rimini,

organisé par le mouvement Communion et Libération.

creationnismes.jpgRappelons que les créationnismes, tous anti-darwiniens, se divisent en deux tendances aux ramifications innombrables. Il y a ceux qui prônent une lecture littérale de la bi- ble : le monde est âgé de 6  à 20 000 ans, les espèces  ont été  créées  une  fois  pour  toutes.  Quant  aux  partisans   du« dessein intelligent », utilisant une approche qui se veut scientifique, ils admettent l’évolution, mais affirment qu’elle ne peut être que « pilotée » par une intelligence supérieure…

Tout ceci pourrait sembler n’être qu’un des nombreux avatars d’une pensée refusant le matérialisme pour élaborer des théories plus fumeuses les unes que les autres. Seulement    les créationnistes de toute obédience bénéficient de puissants moyens financiers.

Ainsi la richissime fondation Templeton,  fondée  en  1987 par l’homme d’affaires du même nom, qui « cherche à se concentrer sur les méthodes et les ressources de la démarche scientifique qui possèdent  une  signification  spirituelle et  théologique,  depuis  la   cosmologie   jusqu’à   la   santé. » (p.49). Le prix de la fondation Templeton a été récemment attribué au chercheur français Bernard d’Espagnat : un million d’euros, bien plus que le prix Nobel  !

Ils n’hésitent pas à fonder des associations aux noms ronflants, aux sigles impressionnants. Telle l’UIP¹, Université interdisciplinaire de Paris, (qui n’a d’université que le nom, bien entendu) qui tente d’imposer « une nouvelle vision du monde reposant sur le dialogue et le rapprochement entre  les sciences et les religions » (p. 46). L’UIP utilise l’aura médiatique de personnalités telles que Rémy Chauvin, Hubert Reeves, Jean-Marie Pelt, Luc Ferry... Le philosophe Comte-Sponville² y a donné une  conférence…

« La genèse n’est pas un mythe, c’est un compte rendu des faits. »

G. L. Garigiet, fondateur du musée créationniste

« Genesis Land » (Suisse).

Mais c’est dans le domaine de l’Education que le problème devient le plus inquiétant. Les auteurs dressent un tableau alarmant de la situation en Europe. En  Suède,  dès  1996, puis en Allemagne et en Suisse, les créationnistes ont investi dans des musées à la gloire de leurs croyances. Le musée Suisse propose la reconstitution grandeur nature (?) de   l’arche de Noé (138 mètres de long !). En  Allemagne,  dans le land de Hesse, le créationnisme est enseigné dans deux écoles, l’une privée l’autre publique. La ministre de l’Education  de  ce  land  ne  condamne pas, ne voyant pas de contradiction entre l’évolution biologique et la version biblique des origines du monde. Au Royaume-Uni, « 5000 lycées et collèges reçoivent gratuite- ment du matériel éducatif destiné à promouvoir une alter- native à la théorie darwinienne de l’évolution, le dessein intelligent » (p. 31). Tony Blair, alors premier ministre estime que les craintes à propos du créationnisme au Royaume- Uni sont largement exagérées… En Italie, c’est la ministre de   l’Education   qui,   en   février   2004,   signe   un  décret « excluant l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution des cours de biologie du collège » (p.  34).

Des attaques similaires ont eu lieu en Serbie, Pologne, Rus- sie, Pays-Bas…Et en France, donc ? Nous avons apparemment de la chance que le vieux rempart de la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat, bien qu’ébranlé, soit encore solide. Autre obstacle au prosélytisme des créationnistes : le fonctionne- ment centralisé de l’enseignement public, le choix des pro- grammes définis par le ministère de l’éducation. Ne rêvons pas, des tentatives de pénétration ont lieu : souvenez-vous   de la distribution de « L’atlas de la Création », par le créationniste  musulman  Haroun  Yahya.  Un  autre  ouvrage     :

« Homme et Femme, Il les créa » écrit entre autres par le député UMP Christian Vanneste et Mgr Brincard a été envoyé à des enseignants à des centaines d’exemplaires. Les créationnistes comptent beaucoup sur le développement du soutien scolaire, mal contrôlé par les autorités républicaines.

« En l’état actuel de nos connaissances, il n’est pas scientifiquement absurde d’admettre qu’entre l’inanimé et le vivant     il     y     a     une

« distance » si grande qu’elle n’a pu être com- blée que par l’interven- tion de Dieu.

Rien, dans nos connais- sances scientifiques actuelles n’interdit de le penser. Cette attitude n’a donc à mes yeux rien de choquant. »

Claude Allègre, ancien ministre « socialiste » de l’éducation nationale, futur (?)

D’autre part, des enseignants et des chercheurs intervenant dans le cadre de l’UIP, continuent à exercer leur métier au sein de l’Education nationale. Le fondateur de l’UIP, Jean Staune, a dispensé ses cours dans un lycée suisse et se glorifie d’avoir des demandes d’établissements privés en France…

La plus grande vigilance s’impose donc. Qu’en sera-t-  il de la laïcité de l’enseigne- ment si le processus de régionalisation va à son terme avec le projet de mise en place d’établissements autonomes (EPEP) ?

Ainsi donc, en plus des structures se réclamant des religions du « Livre », judaïsme, islam, chrétienté, ennemis bien identifiés, tous les défenseurs de la pensée libre doivent maintenant mener le combat contre la nébuleuse créationniste. D’autant plus que  le  Vatican, après avoir froncé le  nez devant l’intrusion des créationnistes, semble désormais prêt à s’en accommoder.

Le livre de C.Baudoin et O. Brosseau est à lire en complément avec le numéro de l’Idée Libre « Les créationnismes philosophiques », en espérant que le mensuel de la Libre Pensée, la Raison publiera à son tour un dossier sur le sujet. À mon avis, la lutte contre les créationnismes va devenir un élément central pour les Libres Penseurs...

Robert MARAVAL (juin 2009)

¹- Sur son site internet, l’UIP se vante d’avoir « organisé à Pa- ris plus de 16 grands colloques internationaux (dont 7 en collaboration avec l’UNESCO) ayant rassemblé … plus de 150 intervenants, dont 20 prix Nobel ». Je ne peux résister au plaisir de citer, pêle-mêle, parmi les partenaires : l’Académie des Sciences Morales et Politiques, l’Agence Spatiale Européenne (ESA), l’Abbaye Bénédictine de Wisques, l’Académie des Sciences du Kazakhstan, le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES), la fondation Templeton, le Conseil Pontifical de la Culture   du   Vatican   (pour   le   développement   du     projet « Science, Théologie, et Quête Ontologique… ») etc.

²- A récemment publié « L’esprit de l’athéisme », réédité en poche.


Date de création : 13/02/2017 @ 16:09
Catégorie : Notes de lecture -
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