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Le pantalon (Alain SCOFF)

le-pantalon-bis.jpgLucien Bersot, incorporé le 2 août 1914, fusillé pour l'exemple pour avoir refusé de revêtir un pantalon souillé.

Pétain dira : « Pour maintenir la discipline et l'esprit d'obéissance parmi les troupes, une première impression de terreur est indispensable. »

Au milieu des obus, des balles traçantes et du déluge d'acier, les soldats sont de simples pions de la partie d'échec que se livrent les généralissimes par régiments interposés... Au bout de la chaîne hiérarchique se trouve le pauvre combattant. Il faut attaquer coûte que coûte sans tenir compte des pertes. Bourrés d'alcool frelaté, les troupiers montent plus facilement à l'assaut. Recouverts d'argile, les yeux hagards, ils ressemblent à de véritables mottes de terre. C'est la tactique de « grignotage » de Joffre qui permet aux troupes françaises d'aligner deux fois plus de pertes que l'ennemi.

Dans ce contexte, depuis le début de la guerre, Bersot porte été comme hiver un pantalon de toile fine et trouée, contraire- ment à ses compagnons qui portent une culotte de drap épais. Le sergent fourrier refuse de le changer : « c'est une erreur administrative ».

Galtier-Boissière, journaliste au Crapouillot, publiera en 1935 un compte rendu des entretiens qu'il a eus avec :

  • le Général Auroux : « le Généralissime Joffre n'a jamais voulu voir de près un blessé ou un combattant par crainte de s'émouvoir... La guerre est une science mathématique, l'expérience nous a permis d'établir avec précision le pourcenta- ge de pertes et le chiffre à partir duquel une troupe a le droit d'être relevée.»
  • Mgr Chapon, vicaire général aux armées : « Dieu a fait la patrie et commande de se dévouer pour elle... L'idéal de la France n'est rien moins que l'idéal chrétien lui-même... Le Christ couronne la vaillance militaire. La mort chrétienne assure le salut de l'âme. »

Pas un mot sur la souffrance des poilus.

Le nouveau chef de la compagnie de Bersot, le lieutenant André, autoritaire et sadique, fera des revues de détail d'une extrême sévérité, imposera des exercices épuisants pendant le repos des poilus et fera attribuer à Bersot un pantalon réglementaire. Mais il sera troué, sans couleur définie, sale, froissé, tâché d'excréments et de sang séché… une guenille qui a appartenu à un mort. Bersot le refuse malgré « l'ordre du lieutenant ».

Refus d'obéissance : 8 jours de prison. Le commandant Poupinel les transforme en 15 jours pour « refus d'obéissance devant l'ennemi » alors que la compagnie est en repos à 5 km du front. Bersot risque la cour martiale et le peloton d'exécution sans espoir car le 1er septembre 1914 une note « confidentielle » du ministre de la guerre Alexandre Millerand abrogeait le droit de grâce et autorisait à juger sans instruction préalable et à condamner. Le Général Joffre appuiera cette note.

Le Général Guillaumet dira : « N'hésitez pas à fusiller. »

Bersot est enfermé dans un cul-de-basse-fosse au pain sec et à la soupe froide en attendant le conseil de guerre réservé aux déserteurs. Le colonel Auroux veut faire un exemple : « Il faut que j'en tue un ou deux » (sic.témoignage lors du procès en réhabilitation du 11/01/1922 de Monsieur Perruche de Velna, juge dans le civil, qui avait été convoqué par Auroux pour « organiser » le jugement et assurer la condamnation.)

Velna démontrera à Auroux, textes à l'appui, l'illégalité et l'absurdité de l'accusation. Auroux ne voudra rien savoir.

Le jugement sera parodique, l'interrogation inique. L'inculpé ne pourra répondre que par oui ou par non sans nuance. Les raisons du refus seront écartées. Bersot est assassiné, ligoté au poteau d'exécution, par un peloton constitué de camarades de la compagnie pour ajouter à l'effet. Il ne meurt pas tout de suite, il est achevé d'une balle dans la tête alors qu'il appelle sa fille (4 ans) par deux fois.

Il a été réhabilité le 12 juillet 1922.

Le colonel Auroux est devenu Général, promu Commandeur de la Légion d'honneur, il occupe une fonction importante auprès du ministre de la guerre. Interrogé plus tard, le lieutenant André (minotier dans le Jura) conserve la conscience tranquille.

Tous les noms cités sont vrais.

Blaise BARDUCA – Décembre 2016

« Le pantalon » par Alain SCOFF, ed Jean Claude Lattès, 1982, édition épuisée


Date de création : 10/02/2017 @ 08:45
Catégorie : Notes de lecture -
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